Ce mot interdit, ce tabou, ce gros mot...

Ces 7 lettres capables de faire dresser les poils d’un chien nu du Mexique.

J’ai envie aujourd’hui d’aborder ce sujet délicat pour ouvrir les esprits et donner mon point de vue en tant que professionnelle.

A mon sens, il y a 2 types d’abandon : l’abandon lâche et celui dit « de replacement. »

Pour commencer, je parlerai de l’abandon lâche : celui que tout le monde connait, que l’on condamne, l’inhumain. C’est le chien attaché à une glissière, à un arbre ou à un poteau. C’est le chien mutilé pour enlever toute trace d’identification. C’est le chien que l’on bazarde tout simplement parce qu’il est devenu encombrant, parce que certains de ses comportements sont ingérables ou invivables.

Autant je désapprouve du plus profond de moi cette lâcheté, mais d’un autre côté je me suis posée la question : Qu’est ce qui amène les gens à agir ainsi ?

Selon moi la réponse est simple : c’est nous, les humains.

Voyez la haine et la méchanceté qui découlent d’une simple annonce de replacement d’un toutou. Annonce faite parce que les évènements de la vie font que les propriétaires ne peuvent plus répondre aux différents besoins de leur chien.

Prendre la décision de se séparer de son animal pour de bonnes raisons est déjà bien difficile... La personne fait un essai et poste une annonce sur les réseaux sociaux pour trouver de nouveaux propriétaires et là scandale : insultes, jugements, menaces...et j’en passe. On vous met la honte, on vous affiche publiquement, on vous humilie.

Donc voilà où nous en sommes, une personne demande de l’aide et au final elle en prend pour son grade. Quel autre moyen les gens ont-ils pour éviter tout cela ? Abandonner lâchement son chien...
Ne vous méprenez pas, je ne trouve pas d’excuse à cet acte.
Je me suis juste interrogée sur ce fléau et voici ma conclusion : si nous étions bienveillants envers les autres, envers les demandes d’aide, peut-être, je dis bien peut-être que les abandons lâches seraient moins nombreux.

L’abandon pour problèmes de comportements est peu crédible sans l’avis d’un professionnel. Nous sommes bien nombreux à pouvoir apporter de l’aide aux personnes en difficultés avec leur chien. J’entends déjà parler de l’aspect financier, mais je vous assure il y a des solutions, il suffit de bien ouvrir les yeux.

Je vous donne un exemple : votre voiture fait un bruit suspect et un voyant est allumé. Vous n’allez pas directement à la casse jeter votre voiture. Vous irez chez votre garagiste, c’est évident.

Alors pourquoi ça ne l’est pas aussi lorsque vous rencontrez des problèmes avec votre toutou ?

J’enchaîne donc sur l’abandon dit de replacement, celui dont on parle peu mais qui est nécessaire. Dans le cadre de notre travail d’éducateur comportementaliste canin, nous sommes amenés à proposer le replacement s’il est nécessaire pour le bien être du chien.

On vous bassine sans arrêt avec le choix de la race du chien en fonction de votre mode de vie, de votre environnement. Dans le but de pouvoir répondre au plus près à tous les besoins de votre chien et éviter les comportements indésirables.

Il arrive que l’on mette tout en œuvre pour assurer une belle vie à notre poilu mais que notre vie d’humain s’en mêle.

Les besoins du chien ne sont plus comblés, on ne souhaite pas voir un être vivant souffrir de solitude, d’ennui....

Alors ne vaut-il mieux pas offrir une nouvelle vie à son chien dans une famille qui pourra répondre à ses besoins ?

On parle souvent de la maltraitance physique, mais du moment où les besoins ne sont plus comblés, on peut également parler de maltraitance émotionnelle.
Je préfère un million de fois un chien replacé pour manque de temps par exemple qu’un chien enfermé 12h par jour avec juste le jardin comme toilettes 2x par jour. Sans activités physiques, mentales, masticatoires, sans rencontres sociales.

Je vous laisse imaginer la détresse émotionnelle de ce chien et les problèmes qui vont en découler...

En conclusion, soyons bienveillants envers les personnes qui recherchent de l’aide, des solutions et pour qu’ils continuent à en demander car dans le cas contraire : on connait trop bien la fin...

Marjolaine Von moegen